
Quand mon père est
enfin sorti de cet hôpital du nord de la France où on envoie les
traumatisés crâniens, il n’était plus le même, il
s’énervait plus facilement, très facilement, trop facilement.
Le plus souvent, c’était sur ma mère qu’il passait ses
nerf, ils se battaient, il lui faisait mal, il cassait tout ce
qu’il trouvait, à chaque fois, ma mère essayé de le mettre
dehors pour qu’il se calme, il lui disait ‘‘Je
vais te tuer’’. Nous avions peur, peur pour ma mère,
peur pour nous aussi. Quand ma mère n’était pas là,
c’était moi qui prenais, je me prenais toujours la tête avec
lui, j’avais toujours le droit à un verre d’eau froide
dans la figure, à me faire secouer en me faisant tenir par les
cheveux, à me faire frapper certaines fois. J’avais peur de
lui, j’allais m’enfermer dans ma chambre dès que je le
pouvais, mais il n’aimait pas qu’on lui désobéisse. Il
venait frapper à ma porte, je me rappelle de cette fois où
j’avais eu le temps de m’enfermer avant qu’il ne
m’attrape.
- Jodie ouvre
!
-…
- Jodie !
-…
- Jodie ouvres-moi
cette porte !
- NON, j’ai pas
envie !
- Si tu
n’ouvres pas je défonce ta porte, je te préviens !
- J’m’en
fous, j’ouvrirais pas, tu vas encore me frapper !
- Pourquoi tu dis ça,
je ne vais pas te frapper…
- SI ! À chaque fois
que tu es énervé, tu me frappes !
Finalement, il
finissait par faire penser qu’il se calmait, en général
j’avais le droit de rester dans ma chambre jusqu’à ce
qu’il soit l’heure de manger, je ne lui ouvrait jamais,
j’ai du lui ouvrir une seule fois. C’était toujours
Edward qui me prévenait quand je pouvais sortir, quand il était
redescendu. Je pleurais toujours à chaque altercation, je ne sais
pas vraiment pourquoi, parce que j’avais mal, parce que
j’était énervée.
Je faisait souvent ce
rêve, ou plutôt ce cauchemar, nous étions, Edward et moi, avec mon
père la maison, il nous menaçait d’un couteau, il voulait
nous tuer, et je me réveillait toujours à ce moment là,
j’avais peur que ce rêve ce réalise, je l’avais raconté
à ma nourrice, rêve raconté ne se réalise jamais.
En grandissant, rien
n’a changé, enfin presque, il s’énervait de plus en
plus pour un rien, je me prenait donc de plus en plus la tête avec
lui, je défendait toujours mon frère, je prenais toujours pour lui,
je jouais mon rôle de grande sœur.